SAINT FRANCOIS DE SALES
Saint François de Sales
véritable portrait dont l'original, peint en 1618,
se trouve à la Visitation de Turin.N.B. : toutes les citations non précisées sont extraites de Ravier, " Un Sage et un saint, François de Sales ".
Son enfance
François naît le jeudi 21 août 1567, au château de Sales. Il est baptisé une semaine plus tard, le 28 août, en l'église Saint-Maurice de Thorens, le jour de la Saint Augustin. Il est déjà notable que bien des années plus tard il choisira cette même église pour y être sacré évêque. Pour l'heure, ce 28 août, il est baptisé François-Bonaventure, du nom de ses parrain et marraine.
C'est un enfant frêle, aussi est-il d'abord envoyé quelques mois chez sa marraine et grand-mère, au château de Monthoux où, disait-on, l'air est meilleur. Il revient ensuite à Sales. François est déjà un petit " gracieux et vif qui égayait toute la maisonnée ", avec une " affectivité extrême " cependant. Il a " une mère exquise, très pieuse, un peu mélancolique et même anxieuse [qui] veillait sur lui, et elle n'avait pas vingt ans ". Son père quant à lui, M. de Boisy, avait " brillé à la cour des Valois, et non seulement par sa culture et son sens des affaires, mais par son courage "… Par conséquent, si François montre parfois beaucoup d'affectivité, on ne le pousse cependant pas à la sensiblerie, et on lui donne une " éducation qui affermît son corps et son caractère ".
De fait, l'enfant est assez précoce, et dès octobre 1573 il fait son entrée au collège de la Roche, situé à environ trois lieues de Thorens, en compagnie de ses cousins Aimé, Louis et Gaspard. Tous trois logent chez le maître d'école Dumas.
François reste au collège de la Roche jusqu'en 1575, puis, malgré son jeune âge, il suit ses cousins au collège d'Annecy, où il est " le parfait disciple ". La foi pointe déjà en lui, et c'est à Annecy qu'il fait sa communion et reçoit sa confirmation, en l'église saint Dominique, toute proche du collège. Il s'inscrit aussi à la confrérie du Rosaire. C'est probablement dans ces années au collège d'Annecy qu'a vraiment germé sa vocation, peut-être au contact de son cousin Louis qui lui-même songe alors à la prêtrise.
Toujours est-il que ce début de vocation n'est pas caprice d'enfant, et le 20 septembre 1578, François se fait tonsurer à Clermont-en-Genevois par l'évêque de Bagnoréa Gallois de Regard, ami de son père. D'une certaine manière, un premier pas est précocement franchi. Mais de nombreux devront encore l'être.Premier séjour à Paris
François part ensuite pour Paris, à onze ans donc, sous la conduite de Jean Déage, pour faire son entrée au collège de Clermont. Traversant la France à cet effet, l'enfant est apparemment assez choqué par les dévastations causées par les conflits entre protestants et catholiques.
A Paris, il suit les cours réguliers du collège de Clermont : de 1578 à 1581, il étudie la Grammaire ; puis les Humanités et Rhétoriques de 1581 à 1584 ; et enfin, il suit le cours des Arts (appelé aussi cours de Philosophie même s'il contenait aussi des mathématiques, de la cosmographie, de l'histoire naturelle, de la musique…). Bref, nous voyons qu'en quelques années François fait malgré son jeune âge des études assez vastes, et il s'impose " vite à ses maîtres et à ses condisciples par son intelligence et son ardeur à l'étude, par sa docilité et par sa politesse ". De plus, l'adolescent fait à Paris connaissance avec le monde, d'autant plus que lui-même est issu de la bonne société. Aussi, " il se rend compte qu'il plait partout où il se présente et que les jeunes filles le trouvent beau cavalier et désirable. Il excelle aux 'arts de noblesse' : équitation, escrime, danse. Et son cœur n'est pas de marbre. Sa sensibilité s'émeut vite et vivement. " Nous voyons donc qu'il est un jeune homme bien de son temps, et bien inséré dans la société. Mais il n'en oublie pas pour autant la foi. Ainsi, en 1583, il est admis dans la 'congrégation de la Sainte Vierge', et " il lutte, il prie, il se mortifie ". Dès 1584, il s'intéresse aussi personnellement à la théologie, ce qui le passionne : " de théologie il est tellement avide qu'il néglige parfois son repas ! "
Dans cette vie de foi, un autre élément doit être noté : en décembre 1586 commence pour François une crise spirituelle qui durera six semaines, au sujet de la prédestination, qui faisait fortement débat tout spécialement depuis la Réforme. François se croit " prédestiné à la damnation par l'infaillible jugement de Dieu " ! Il y a là matière à désespoir, mais en janvier 1587, en l'église dominicaine de Saint-Etienne-des-Grès, dans la chapelle de la Vierge Noire, François fait un acte d'abandon total, se remettant complètement entre les mains de Dieu. Alors, " il se trouva parfaitement et entièrement guéri ", nous rapporte Mère de Chantal.Au printemps 1588 s'achève son cours des Arts. Aussi, François de Sales quitte Paris pour rejoindre cette fois Padoue, où se trouve une université renommée, afin de faire son Droit. Avant de gagner Padoue, en novembre, toujours en compagnie du Révérend Déage, il a néanmoins la joie de retrouver un temps sa famille. Ces retrouvailles durent être émouvantes : l'enfant qu'il était en partant à Paris est devenu jeune homme, il découvre aussi une fratrie agrandie…
Etudiant à Padoue
A Padoue, afin d'entretenir sa vie de foi, il choisit rapidement un père spirituel. Ce sera le jésuite Antoine Possevin, qui " le confirma dans sa vocation ".
Parallèlement au Droit, François étudie toujours personnellement la théologie. Il " menait sa vie d'étudiant avec simplicité et courtoisie ". Chacun peut remarquer ses " dons remarquables d'intelligence, d'énergie et de courage, même physique ". Le jeune homme a de plus " un charme incontestable ".
Mais à la fin de l'année 1590, il tombe gravement malade, si bien que le 15 janvier suivant, les médecins le disent perdu. Toutefois, après avoir reçu l'extrême-onction, il recouvre de façon surprenante la santé. Dieu a d'autres projets pour cette jeune âme…
Le 5 septembre 1591, il peut passer son doctorat ès-droits. Il l'obtient avec succès. Il n'a alors que vingt-quatre ans, mais déjà " il est sûr de lui, parce qu'il est sûr de Dieu ".François quitte alors Padoue. Passant par Lorette, M. Déage le surprend en pleine extase : le jeune homme avance déjà largement sur les voies de Dieu. Il souhaite faire un pèlerinage à Rome, mais il doit renoncer, à cause des brigands qui jalonnent le chemin. Aussi, en février 1592, il retrouve sa famille, au château de la Thuille.
Seigneur de Villaroget
C'est alors un jeune homme accompli, et son père lui a obtenu un titre : François devient seigneur de Villaroget. Son père encore nourrit de grands projets pour lui, y compris des épousailles, avec la jeune Françoise Suchet, unique héritière du seigneur de Vergy Jean Suchet (par ailleurs conseiller du duc de Savoie). C'est donc un intéressant parti que cette jeune fille de quatorze printemps, pleine de vertu et " belle à ravir " ! On fait par conséquent se rencontrer les deux jeunes gens : François est courtois, mais non passionné, ce qui déçoit la petite Françoise. M. de Boisy est furieux contre son fils mais ne s'avoue pas vaincu. Il poursuit son projet : en vain !
Le 14 octobre 1592, le prévôt du chapitre de Genève, exilé à Annecy, décède. Louis de Sales, qui connaît le désir de son cousin d'entrer dans les Ordres, pousse discrètement Mgr de Granier, à l'insu de son cousin, de faire nommer François à cette charge.
Pendant ce temps, poussé par son père, François se fait inscrire en qualité d'avocat au barreau de Chambéry, bonne voie pour accéder ensuite au Sénat de Savoie (jusqu'en 1597, François interviendra ainsi dans plusieurs procès). C'est alors qu'il se lia d'amitié avec le sénateur Antoine Favre.
Mais il reste fidèle à sa vocation. Et plusieurs signes viennent l'assurer. Ainsi Louis de la Rivière, un des premiers biographes, raconte qu'un jour, étant à cheval, François tombe : épée et fourreau voltigent et se figent en formant une croix ; on se remet en scelle, puis " nouvelle chute et nouvelle croix sur le sol. Et ainsi une troisième fois ". Michel Favre rapporte lui au procès de canonisation que, de façon moins spectaculaire, tombant de cheval et évitant d'être transpercé par son épée, François y vit la main de Dieu et un signe pour Le servir, si les moyens lui en étaient donnés…Prévôt du Chapitre de Genève
A vingt-quatre ans encore, François reçoit ses lettres patentes de sénateur : privilège rarissime si jeune ! " Explosion de joie chez M. de Boisy. Mais bientôt stupéfaction. François refuse cette chance inespérée. " Le jeune homme a d'autres projets en tête.
Le 7 mai 1593 arrivent à Annecy les bulles pour la prévôté. Pour François, qui ignorait les tractations, la main de Dieu est encore là. Aussi, le surlendemain, il s'entretient avec son père. Evidemment, M. de Boisy est loin d'être ravi, mais il cède finalement et donne sa bénédiction à son fils. " On pense surtout à François en cette heure décisive… Mais il serait injuste de ne pas admirer la force d'âme et la foi de M. de Boisy ".
Dès le lendemain de l'entrevue, François revêt donc la soutane, puis, le 11, il présente ses bulles de prévôt à François de Chissé, vicaire général et official de l'évêché. Il prend le 12 publiquement possession de sa charge, et renonce alors à son droit d'aînesse et à son titre.
Il reçoit le 9 juin suivant les quatre Ordres mineurs, puis est admis au sous-diaconat deux jours plus tard. Le 18 septembre 1593, il est diacre, et trois mois plus tard, 18 décembre, Mgr de Granier lui confère le sacerdoce ministériel, en la cathédrale d'Annecy. Nous voyons donc que les évènements, une fois engagés, sont allés très vite.Le 21 décembre 1593, le jeune prêtre célèbre sa première messe. Moment fort, " Dieu prit possession de mon âme d'une manière inexplicable ", dira-t-il plus tard à la mère de Chantal.
Peu après, François a également le bonheur de pouvoir baptiser sa petite sœur, dernière née de la famille dont il est de vingt-six ans l'aîné !
Prêtre, François peut être officiellement " installé " prévôt du Chapitre de Genève, quelques jours après Noël. Son discours est décisif : il ne s'agit pas moins que de reconquérir Genève ! " François révèle soudain sa lucidité et sa hardiesse de chef ". Il parle certes de reconquête par les armes, mais les armes spirituelles : la charité et l'exemple ! Il s'attachera donc à l'être lui-même : assiduité aux offices, confession, catéchèse, visites pastorales notamment aux plus pauvres et aux prisonniers… Et la Sainte Eucharistie : " de cette activité, de cette inlassable charité de François, la source est sa messe ". Mère de Chantal dira que " ce divin Sacrement était sa vraie vie et sa force ".
Par ces vertus, François gêne certains, s'attire des jalousies. Il est calomnié : certains s'essaient à remonter l'évêque contre lui, ce qui ne dure que peu de temps, tant la bonté du jeune prévôt est évidente.La mission en Chablais
Arrivent ensuite des années dont l'importance sera déterminante. En 1594, à la demande du duc de Savoie, Mgr de Granier décide d'envoyer son prévôt en Chablais pour ramener ce dernier à la religion catholique. Cette œuvre n'est pas une mince affaire : " c'est dans la pauvreté, les dangers, les contradictions, les calomnies, les insultes que François oeuvrera à la reconquête spirituelle du Chablais ". François est alors accompagné par son cousin le chanoine Louis de Sales.
Ils partent d'Annecy le 9 septembre 1594. La route passant par Sales, François s'y arrête, et y trouve l'opposition de son père ; mais il tient ferme. Les deux cousins rejoignent ensuite le Chablais, et d'abord la forteresse des Allinges, qui sera leur logis pendant la mission. Mission dont le premier effort sera porté sur Thonon.
Le 18 septembre, le prévôt prêche pour la première fois en cette ville, sur le thème de l'autorité de l'Eglise ! Evidemment, le sujet est épineux, et la réaction ne se fait pas attendre. François est alors menacé : certains protestants veulent même sa mort ! A Annecy, l'évêque songe d'ailleurs un temps, pressé par M. de Boisy, à rappeler son prévôt, puis se ravise.
Face à l'interdiction donnée par le Consistoire de Thonon d'assister aux conférences du prévôt, François de Sales décide d'imprimer ses sermons, et de les placarder dans les lieux publics : ce sera l'origine des fameuses Controverses, qu'il n'achèvera semble-t-il qu'en janvier 1597. Toutefois, à force de courage et de foi, François remporte quelques succès, à l'image de la conversion du jurisconsulte Pierre Poncet. " Lentement, patiemment, François travaille : son espoir est en Dieu " ! Les calvinistes commencent à se sentir dépassés par ce jeune et prétentieux prévôt ! Les dignitaires de Thonon organisent donc un débat, puis se dérobent, ce qui fut d'ailleurs source de nombreuses conversions pour François : parmi elles, celle d'Antoine de Saint-Michel, seigneur d'Avully, président du Consistoire, qui abjure le 26 août 1596. D'autres suivent, tant et si bien qu'à la Noël 1596 François célèbre même la messe à Thonon, malgré les menaces des huguenots : que de chemin déjà parcouru !Le 5 janvier suivant, il reçoit enfin une lettre du duc de Savoie encourageant son action. Tout s'accélère alors : des cures sont officiellement rétablies, les conversions continuent comme celle de l'ancien premier Syndic de Thonon Pierre Fornier. François célèbre, confesse, prêche… Il rencontre même à plusieurs reprises le successeur de Calvin, Théodore de Bèze, à Genève, en profitant par ailleurs pour porter secrètement en cette ville la Sainte Communion à quelques fidèles parmi lesquels Anne-Jacqueline Coste qui sera quinze ans plus tard au nombre des premières Visitandines.
Les 8 et 9 septembre 1597, ce sont les Quarante Heures d'Annemasse, face à Genève : grande fête religieuse dont le summum est " l'érection d'une croix face à Genève, sur l'emplacement d'un calvaire ruiné… " Le prévôt est cependant attentif à ce qu'il n'y ait nulle violence : " Les hommes font plus par amour et charité que par sévérité et rigueur ", dit-il, toujours fidèle à lui-même.Pressenti pour la coadjutorerie, François de Sales met ensuite à la tête des missionnaires du Chablais le père Cyprien Chérubin, " dont il appréciait le zèle apostolique ". Ainsi, vers le 20 octobre 1597, il quitte Thonon pour rejoindre Annecy. Mais en novembre, il tombe malade, et au mois de janvier suivant on désespère même pour sa vie… Toutefois, François recouvre une nouvelle fois la santé, même si sa convalescence sera longue de plusieurs mois.
En septembre 1598 sont célébrées les Quarante Heures de Thonon, d'abord sous la présidence de Mgr de Granier. Puis, le 28 septembre, le duc de Savoie Charles-Emmanuel arrive en personne, et deux jours plus tard c'est le cardinal-légat de Médicis, futur Léon IX, qui est accueilli ! Rappelons qu'avant la venue de François de Sales en Chablais, il était impossible de célébrer même une simple messe à Thonon, et le duc déclara alors bien justement au cardinal-légat : " il n'y a personne qui ne puisse nier que toute la louange de cette bonne œuvre ne lui soit due. " En onze jours, on enregistrera environ 2300 abjurations !Coadjuteur
Vers le 12 novembre 1598, François part pour Rome. Il y sera reçu avec chaleur, après les fêtes de Noël, par le pape Clément VIII. Et le 24 mars suivant, après " examen " devant le Saint Père, huit cardinaux et nombre de dignitaires, Clément VIII nomme François de Sales évêque de Nicopolis, et l'accorde comme coadjuteur à l'évêque de Genève.
François repart donc pour la Savoie le 31 mars 1599.
La Savoie sera par ailleurs envahie par la France quelques mois plus tard : début octobre 1600, le roi de France Henri IV est à Annecy. La paix ne sera signée qu'en janvier 1601. Une conséquence touche directement l'évêché d'Annecy : le Pays de Gex dépend désormais de la France.
En avril 1601, François est aussi touché par le décès de son père, M. de Boisy.Deuxième voyage à Paris
Le 2 janvier 1602, le coadjuteur est envoyé à Paris, afin de présenter au nonce la situation du Pays de Gex. Il arrive dans la capitale française le 22 de ce même mois.
Le 8 février suivant, le prévôt est présenté à M. de Villeroy par le nonce, " Villeroy, à qui le Roi s'en remet des affaires étrangères de la France ". Ce voyage à Paris sera d'un " très grand profit apostolique et humain " : " lorsqu'il quittera Paris, il aura découvert la Cour la plus brillante de l'Europe, avec ses grandeurs mais aussi avec ses intrigues et ses jeux d'influences ; il aura prêché et retenu au pied de sa chaire les auditoires les plus exigeants, souvent aussi frivoles que sensibles ; il se sera mêlé à l'étonnant renouveau religieux qui travaille alors la haute société parisienne[…]. Il se sera attaché bien des esprits et bien des cœurs ". Il est même appelé à prêcher le Carême au Louvre, et son ami Antoine Favre dira : " il est tenu pour le premier prédicateur que la France ait eu depuis longtemps ". Le 14 avril 1602, il prêche encore à Fontainebleau, devant le roi Henri IV, puis il a un long entretien avec lui, honneur rare.
Il est également introduit par Bérulle, alors simple abbé, dans le célèbre " cercle Acarie " : de là viendront par exemple la fondation du premier Carmel français, faubourg Saint-Jacques, ou l'introduction en France de l'Oratoire de Philippe Néri.
Fin septembre 1602, François repart pour la Savoie. La situation du Pays de Gex n'a certes que peu avancée, mais l'influence spirituelle, humaine et même diplomatique de François de Sales s'est quant à elle affirmée très fortement. Henri IV l'appelait même " phénix des évêques " ! Le roi aurait d'ailleurs voulu le faire rester en France, mais le prévôt avait résisté.
Sur le chemin du retour, François de Sales apprend avec beaucoup de tristesse, à Lyon, que Mgr de Granier est décédé. Il est donc lui-même sacré évêque de Genève, le 8 décembre suivant, à Thorens, en la fête de l'Immaculée Conception.Evêque de Genève
Le nouvel évêque sait que c'est une charge lourde à porter. Il écrit en ce sens quelques jours après à Bérulle : " Il n'y a remède : nous aurons toujours besoin du lavement des pieds, puisque nous cheminons sur la poussière "…
" Voilà donc François de Sales tout entier donné à son diocèse. Pendant vingt ans, il lui consacrera ses jours et ses nuits, ses travaux et ses veilles. "Fidèle à l'esprit du concile de Trente, c'est par lui-même et sa maison que l'évêque commence la sanctification de son diocèse : il vit simplement, sans superflu, d'autant plus que les biens de l'évêché de Genève avaient été spoliés par les calvinistes. Spirituellement, il reste fidèle à lui-même également, priant, célébrant quotidiennement la Sainte Messe, " sommet de la dévotion particulière et du culte public ". Il est très attentif à la qualité des Offices, premier moyen d'honorer Dieu… Et il prêche, conseille, entretient une correspondance impressionnante, confesse, va voir les uns ou les autres. Il s'efforce aussi de former son peuple : " Le pasteur d'un vaste diocèse où tant d'œuvres se trouvent à organiser et à entretenir, et qui s'astreint à catéchiser lui-même les agneaux de son bercail, c'est là un des traits les plus touchants de cette vie admirable " (Trochu, Saint François de Sales)… Bref, il a une activité telle que l'on a du mal à le suivre, et qu'il devient très vite populaire. " D'autant que de toute sa personne rayonnent une paix, une bonté, une charité qui séduisent le cœur ". Pourtant, ce n'est pas la popularité que l'évêque recherche, mais amener tous ses fidèles au Bon Dieu, quelle que soit leur condition.
Au Synode diocésain de 1603, l'évêque peut constater l'état déplorable de son clergé. Aussi, il s'efforcera de suivre le plus près possible leur formation : il est exigeant, précis, ne craint parfois pas de menacer certains de sanctions canoniques. " Il s'efforce de constituer un clergé savant, cultivé, compétent ". Il voudrait instaurer un séminaire en son diocèse, mais ne le pourra jamais : aussi pousse-t-il son clergé à étudier de façon volontaire.
Premières rencontres avec Jeanne de Chantal
En mars 1604, l'évêque part prêcher le Carême à Dijon. Le vendredi d'après les Cendres, il aperçoit dans son auditoire une jeune veuve : il lui semble alors reconnaître celle qu'une vision lui avait montrée comme devant être la fondatrice d'une nouvelle congrégation religieuse qu'il lancerait ! Se renseignant sur cette personne, il apprend de Mgr de Bourges qu'elle est sa sœur, la baronne de Chantal. Ce fut là le point de départ d'une amitié spirituelle qui aurait entre autres fruits la fondation de la Visitation.
Mgr de Genève et la baronne de Chantal se verront plusieurs fois durant ce séjour à Dijon, et quelques mois plus tard l'évêque acceptera de se charger de la conduite spirituelle de la veuve, lors d'une entrevue à Saint-Claude, en août 1604.
En juin 1607, à Annecy, François de Sales présentera à Jeanne de Chantal son projet de faire un nouvel Institut religieux, dont Jeanne de Chantal serait avec lui la fondatrice. (cf. L'Ordre de la Visitation : les Origines de l'Ordre).Une activité incessante
Jusqu'en 1610, l'évêque fait le tour des paroisses de son diocèse, parfois à un rythme des plus soutenus : par exemple, du 7 octobre au 23 novembre 1607, il va dans la vallée de Thônes, puis visite ses paroisses de la région du Parmelan et enfin les bords du lac d'Annecy. " N'imaginons pas que ces voyages fussent du tourisme. Les romantiques et le sport n'avaient pas encore mis la montagne à la mode ! On peut croire que l'évêque pèlerin fut sensible à certains paysages ; mais pour lui et sa petite troupe la route, ou plutôt les sentiers et leur sol, les ravins, les escarpements, les gués et les torrents importaient plus que le décor ! Certaines de ces paroisses n'avaient oncques vu le bonnet d'un évêque ! " Les habitants, en des lieux si reculés, pouvaient inspirer quelques craintes à l'évêque quant à leur sens spirituel, mais en général, s'ils ne sont certes que peu cultivés, l'accueil réservé au prélat est des meilleurs. François de Sales écrit ainsi en 1606 à la baronne de Chantal : " j'ai trouvé un bon peuple parmi tant de hautes montagnes ! " L'évêque s'attache ainsi très fortement son peuple.
Et c'est sans compter de nombreuses autres activités pastorales. Ainsi, en 1605, l'évêque prêche le Carême à la Roche-sur-Foron, où il fait la connaissance de Pernette Boutey, " simple villageoise " dont la foi et la charité le touchent vivement (c'est probablement une des rencontres qui l'encourageront à écrire un " ouvrage important sur la charité "), puis il prêche celui de 1606 à Chambéry, le Carême de 1607 à Annecy.1606
Déjà très occupé, en 1606, François de Sales, en compagnie de son ami Antoine Favre, crée encore " une Académie, c'est-à-dire une société de savants et de lettrés.[…] Cette académie ne dura que trois années (hiver 1606-1607, 1610), mais elle connut, grâce à la personnalité des deux fondateurs, un rayonnement considérable. On la baptisa 'la Florimontane' ". Parmi ses membres, on retrouve par exemple le fils d'Antoine Favre qui sera ensuite, sous le nom de Claude de Vaugelas, l'un des premiers membres de l'Académie française, ou encore Honoré d'Urfé. Cette Académie prometteuse disparaîtra cependant en 1610 car Antoine Favre sera alors promu président du Sénat de Savoie, et François de Sales, submergé par les devoirs de sa charge, devra arrêter. Cependant l'évêque encourage dès 1614 des cours pour laïcs au collège chappuisien d'Annecy, repris par les Pères Barnabites : c'est certes moins prestigieux, mais une manière de favoriser la culture néanmoins, ce qui était assez en avance sur son temps.
A la fin de l'année 1606, Mgr Anastase Germonio, qui voyait souvent le pape, demande à François de Sales de rendre un avis sur la querelle De auxiliis : comment Dieu pouvait-il aider de sa grâce les hommes sans frustrer leur liberté, et comment cette dernière peut malgré tout incliner au mal si Dieu nous aide de sa grâce ? Les avis divergeaient sur la question, " les partisans du jésuite Molina et ceux du dominicain Dominique Bañez s'affrontaient depuis vingt ans avec violence. " Paul V avait fait venir les deux parties pour tenter d'éclaircir la question, sans succès. Les choses s'envenimaient même, le roi d'Espagne soutenant les dominicains, celui de France les jésuites… C'est donc dans ce contexte troublé que Mgr Anastase Germonio demande l'avis de l'évêque de Genève. Ce dernier conseilla apparemment de s'attacher à plus important car, écrit-il, " il y avait beaucoup d'autres choses dont l'Eglise gémissait ". A trop regarder dans le trou, il fallait se méfier de ne pas y tomber, car la question " avait en ses extrémités des hérésies ". Paul V réagit en ce sens, en août 1607, en imposant silence aux deux parties, et respect mutuel " chacun restant libre de soutenir par bonne raison la thèse qui lui semblait la plus vraie ". Cette histoire a pour mérite de révéler la fermeté de l'évêque de Genève, et d'ailleurs jésuites et dominicains le remercieront pour avoir contribué à ramener la paix, les seconds lui donnant même un diplôme d'affiliation à l'Ordre des Frères Prêcheurs, en septembre 1607.1607
L'année 1607 n'est pas moins chargée que les précédentes : François de Sales prêche le Carême à Annecy ; il retrouve aussi un temps la baronne de Chantal, à laquelle il parle de son désir de fonder un nouvel Institut ; il préside également aux funérailles de la veuve du duc de Nemours, la duchesse Anne d'Este… Et surtout il traverse une épreuve certaine : sa petite sœur, Jeanne, qu'il avait lui-même baptisée quelques jours après son ordination, décède subitement le 8 octobre. C'est une profonde douleur pour l'évêque, mais il accepte la divine volonté, et avoue à Mme de Chantal dans une lettre de novembre 1607 : " Mon cœur s'est attendri plus que je n'eusse pensé […] Mais quant au reste, oh ! vive Jésus ! Je tiendrai toujours le parti de la Providence divine ; elle fait tout bien et dispose de toutes choses au mieux ". Voilà qui demande une force d'âme certaine !
1608
En 1608 est publiée pour la première fois l'Introduction à la vie dévote. En fait, l'évêque de Genève ne l'avait pas prévu, du moins pas ainsi. En effet, il dirigeait de nombreuses âmes, et pour faciliter les choses avait eu l'idée de leur faire passer de courts traités " qui exposeraient l'essentiel de sa direction ". Or, au Carême de 1607, Mme de Charmoisy en bénéficie. Au mois de mars suivant, elle doit quitter Annecy ; François de Sales la recommande à la direction du père Fourier. Ce que fait Mme de Charmoisy. Le père Fourier a alors l'occasion de consulter ces " petits traités ", et il en est émerveillé, pousse l'évêque de Genève à les faire imprimer, et les porte lui-même chez un éditeur lyonnais… Voilà qui est chose faite en août 1608 ; et c'est un succès ! Dès l'année suivante il faut rééditer ! De fait l'évêque de Genève connaîtra quarante éditions de son vivant, sans compter toutes les éditions clandestines !
Cette même année 1608 François de Sales bénit les fiançailles de son frère Bernard avec Marie-Aimée, fille de Mme de Chantal. Il bénira leurs épousailles l'année suivante.1609-1610
1609 : année du mariage entre Bernard et Marie-Aimée donc. Mais aussi année très chargée pour l'évêque de Genève. En juin, à la demande de Paul V, il doit procéder à la réforme du prieuré bénédictin de Saint-Germain de Talloires. Ce n'est pas chose facile : un prieur avait déjà essayé de réformer, mais les religieux l'avaient forcé à fuir ! Toutefois, Mgr de Sales s'imposera et l'observance monastique sera rétablie.
En août, il préside à l'ordination épiscopale de Mgr Jean-Pierre Camus, jeune évêque de vingt-cinq ans, avec qui il deviendra ami.
Mais le lendemain de ce sacre, 31 août 1609, l'évêque est envoyé par Henri IV régler une affaire en Pays de Gex. A peine revenu, le Saint Père le presse de régler un litige entre le clergé de Bourgogne et le comte de Bourgogne, archiduc d'Autriche… L'affaire devait être réglée à Baume-les-Bains. Aussi, l'évêque en profite pour passer à Monthelon bénir le mariage de son frère, et parler avec M. Frémyot de la vocation de la baronne de Chantal (cf. les Origines de l'Ordre). Il se rend donc ensuite à Baume-les-Bains, et doit revenir dès fin novembre à Annecy pour y prêcher l'Avent… Nous comprenons ici aisément que l'évêque de Genève mène une vie qui n'est pas de tout repos !Mme de Boisy décède le 1er mars suivant. C'est encore une douleur pour François, qui écrit ces lignes émouvantes à Mme de Chantal : " j'eus le courage de lui donner la dernière bénédiction, lui fermer les yeux et la bouche et lui donner le dernier baiser de paix à l'instant de son trépas. Après quoi, le cœur m'enfla fort et pleurai sur cette bonne mère plus que je n'avais fait depuis que je suis d'Eglise "… Quelques années plus tard il devra encore faire face à un nouveau décès puisque son frère Gallois mourra le 29 juillet 1614.
La Visitation
L'année 1610 n'est toutefois pas toute d'épreuves puisque l'évêque de Genève a cette joie de pouvoir accueillir à Annecy le 4 avril 1610, jour des Rameaux, Jeanne de Chantal, qui vient y fonder le nouvel Institut espéré depuis si longtemps par François de Sales. Jeanne de Chantal est notamment accompagnée par Charlotte de Bréchard, qui sera aussi parmi les premières Visitandines. L'aventure de la Visitation commencera le 6 juin suivant : ce jour-là, Jeanne de Chantal, Charlotte de Bréchard et Jacqueline Favre, fille du président Antoine Favre, entrent pour leur première nuit dans la maison de la Galerie. Les trois premières Visitandines feront profession un an plus tard, 6 juin 1611 (cf. les Origines de l'Ordre).
La nouvelle maison attirera rapidement des vocations, pour la grande joie de Mgr de Genève : " après vingt mois d'existence, le petit monastère de la Galerie abritait, en comptant la tourière Sœur Jacqueline Coste, onze Visitandines. Mois précieux où Monseigneur de Genève s'employa à les former aux vertus religieuses, à fixer leur règle et leurs coutumes " (Trochu).
Le 23 avril 1618, alors que plusieurs monastères ont déjà vu le jour, dont en 1616 celui de Moulins, un bref pontifical élève la Visitation en Ordre religieux à part entière : que de chemin parcouru en si peu d'années !1616
En 1616 est publié le Traité de l'Amour de Dieu, qui deviendra rapidement un ouvrage de référence. L'auteur nous présente lui-même cet ouvrage dans la préface qu'il en fait : " j'ai seulement pensé à représenter simplement et naïvement, sans art, et encore plus sans fard, l'histoire de la naissance, du progrès, de la décadence des opérations, propriétés, avantages et excellence de l'amour divin ".
La même année, il prêche l'Avent de 1616 à Grenoble, puis y prêche ensuite le Carême de 1617, et de nouveau l'Avent de cette même année. Depuis 1604, c'est la première fois que le duc de Savoie l'autorise à aller prêcher dans une grande ville du royaume de France. Qui plus est, c'est alors le duc de Lesdiguières qui dirige de sa poigne la ville de Grenoble ; or, il est un des protestants les plus en vue. Il rencontre donc l'évêque de Genève, et le prend en estime ; avant de partir " guerroyer " en décembre 1616 le maréchal aurait même déclaré à l'évêque : " Tout ce que vous dîtes est bon ".
Et surtout, depuis août 1616 jusqu'en janvier 1617 " François travaille, autant que le lui permettent ses obligations pastorales, à mettre au net les nouvelles Constitutions de la Visitation, compte tenu de ses discussions avec Mgr de Marquemont. " Le texte est envoyé à Rome et, avons-nous déjà dit, l'Institut est érigé en Ordre religieux par un Bref d'avril 1618. François de Sales communiquera solennellement le document pontifical à ses Filles en octobre 1618, juste avant de partir pour Paris.1617
Avant ce départ, il nous faut cependant signaler un événement tragique. Le 23 mai 1617, Bernard de Sales, dont François avait béni quelques années auparavant les épousailles, meurt de fièvre pestilentielle. Son épouse, Marie-Aimée, est alors enceinte. Elle était au monastère d'Annecy en l'absence de son mari, et a en cette épreuve le soutien de sa mère, mais aussi l'espérance de la naissance prochaine de son enfant. Toutefois, le drame ne s'arrête pas là : le petit naît prématurément dans la nuit du 4 au 5 septembre 1617, et meurt, après avoir heureusement été rapidement baptisé. Et la jeune mère se meurt également : on prévient François qu'elle est au plus mal le 6 septembre. " Il administra à la mourante les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Alors Marie-Aimée demanda humblement à l'évêque et à sa mère qu'on lui donnât l'habit de la Visitation. Après avoir reçu l'extrême-onction, elle prononça les trois vœux de religion. A deux heures après minuit elle expira… " L'histoire, pour dramatique qu'elle est, n'en est pas moins touchante et méritait d'être citée…
1618
Après le Carême 1618, puis une petite retraite à la Grande Chartreuse, François de Sales espère pouvoir se concentrer davantage à son diocèse et à des activités pastorales " classiques " pourrions-nous dire. En effet, l'évêque se sent fatigué. Mais le repos n'est pas encore au programme ! En septembre, il reçoit notamment un commandement du duc de Savoie pour accompagner en France le cardinal Maurice de Savoie, fils du duc, afin de négocier le mariage entre le prince de Piémont Victor-Amédée, aîné de Charles-Emmanuel, et la princesse Christine de France, petite sœur du roi Louis XIII.
Troisième voyage à Paris
L'ambassade diplomatique s'ébranle donc en octobre 1618, en direction de Paris, pour y entrer triomphalement au début du mois de novembre. C'est la première fois que l'évêque de Genève rencontre le jeune couple royal, Louis XIII et Anne d'Autriche, tous deux âgés de dix-sept ans. Anne d'Autriche notamment le prendra en grande estime, et aurait aimé le garder auprès d'elle… Christine de France, promise à Victor-Amédée, fait aussi le meilleur effet à François de Sales. Il s'efforcera donc de faire avancer au mieux le projet d'alliance, qui d'ailleurs aboutira sur les épousailles officielles le 8 février 1619.
Durant ce voyage, François de Sales, " coqueluche des Parisiens ", n'a pas une minute à lui : on l'appelle en telle ou telle église pour prêcher, et il y rencontre un tel succès qu'il est même obligé de passer une fois par la fenêtre pour pouvoir atteindre sa chaire, on lui fait rencontrer telle ou telle personne… Il est même amené à prêcher devant la reine, ne le faisant pas " avec plus de soin, plus d'affection ni plus de plaisir qu'en ma pauvre petite Visitation " avouera-t-il avec beaucoup d'humilité à Mère de Chantal.
Durant ce même séjour, il retrouve bien sûr Bérulle, qui a fondé depuis sept ans maintenant l'Oratoire de France. Surtout, il fait connaissance avec Vincent de Paul, nommé Aumônier Général des Galères le 8 février 1619 : ces deux hommes sympathisent très rapidement, à tel point qu'à son départ de Paris François de Sales confiera la Visitation à Vincent de Paul… L'évêque de Genève rencontre aussi, à Maubuisson, Mère Angélique Arnauld, qui restera célèbre, et avec laquelle l'évêque de Genève entretiendra dès lors une correspondance suivie, l'exhortant à la douceur et à la modération. Angélique Arnauld espérera même devenir Visitandine, mais trouvant cette âme trop ardente François de Sales n'exaucera pas ce désir.
Il rencontrera encore de nombreuses autres personnes, que nous ne pouvons ici toutes citer. Quand il quitte Paris en septembre 1619, l'évêque de Genève est plus que jamais populaire dans la capitale française : certains arrachaient même discrètement des bouts de sa soutane, ou lui dérobaient ses mouchoirs, persuadés qu'ils tenaient ainsi les reliques d'un " saint vivant " !
Il aura dû aussi faire preuve de beaucoup d'humilité : le cardinal de Retz lui propose la coadjutorerie, mais François de Sales décline… Peut-être sent-il aussi que ses forces diminuent, et d'ailleurs il a dû s'aliter un temps à Paris…
Toujours est-il que le 22 octobre 1619 François de Sales est à Chambéry, et obtient alors la permission de rejoindre Annecy.Les derniers temps
Il reprend alors une vie " normale " : visites pastorales, prédications… Il s'entretient notamment aussi souvent que possible avec ses chères Visitandines. Mais il est de plus en plus fatigué…
Le 21 janvier 1621, l'évêque de Genève a une grande joie : son frère Jean-François, déjà Grand Aumônier auprès de la Cour de Turin, est sacré évêque de Chalcédoine. Dès lors, il est coadjuteur de l'évêque de Genève son frère… François de Sales pense avoir dorénavant quelque répit : ce ne sera pas encore le cas ! Déjà il doit former son coadjuteur, de onze ans son cadet. Mais aussi, en avril 1622, le Saint Père lui demande d'assister au Chapitre des Feuillants, qui devaient nommer un Supérieur général. Il se met donc en route en mai. " Le voyage fut très pénible. Ses reins le faisaient terriblement souffrir. Il dut même 'se mettre au lit' au cours du trajet ". Il assiste néanmoins à toutes les séances du Chapitre, au terme desquelles sera élu Dom Jean de Saint-François, un des premiers biographes de l'évêque de Genève. Repartant, il doit s'arrêter à Turin où la Cour, et notamment Christine, désire le voir. Mais il doit s'aliter quelques jours, avant de pouvoir rejoindre Annecy.
Il ne s'y reposera pas bien longtemps. En effet, fin octobre 1622, le duc de Savoie demande à François de Sales de l'accompagner en Avignon à la rencontre du roi Louis XIII. Ils arrivent dans la cité du Pape le 17 novembre. Les fêtes s'y succèdent. Le roi et le duc, ainsi que leurs suites, quittent Avignon, et arrivent à Lyon le 29 novembre. François de Sales va loger au monastère de la Visitation de Bellecour, où il revoit Mère de Chantal. Il célèbre la messe de Noël devant ses Filles.
Le 27 décembre, il se sent plus fatigué que jamais, tant et si bien qu'il demande l'extrême-onction. " Vers minuit, un vicaire d'une paroisse voisine lui conféra le sacrement ; François répondit aux prières, mais les vomissements l'empêchèrent de recevoir le viatique. " Le lendemain, 28 décembre, nombreux sont ceux qui veulent encore le voir, parmi lesquels le duc de Nemours. Mais " le malade s'affaiblissant toujours plus, on commença à réciter les litanies rituelles. Tandis que l'on invoquait pour le mourant les Saints Innocents - dont l'Eglise célébrait la fête en ce jour - François rendit le dernier soupir.
Il avait un peu plus de cinquante-cinq ans, et était évêque et prince de Genève depuis vingt ans. "Conclusion
François de Sales était certes décédé, mais il laissait derrière lui une œuvre immense : un nombre impressionnant d'écrits divers déjà, qui sont encore célèbres aujourd'hui, mais surtout ce qui est le couronnement de toute sa vie, l'expression même de sa spiritualité : l'Institut de la Visitation Sainte-Marie, dont il fut le fondateur, et qui est aujourd'hui parmi les plus grands Ordres religieux.